BANGKOK TATTOO chp IV

Publié le par Maluko

En ce moment je me réveille finalement, il est tôt dans la soirée et je me sens coupable de négliger Lek. Lek est mon nouvel élève, assigné par Vikorn en personne. Il s'entraîne avec moi depuis plus d'un mois et j'essaye de prendre cette mission au sérieux. Nong, cependant, le voit plus comme un esclave de la famille et insiste pour que je lui enseigne les tâches domestiques .En essayant de jouer sur les deux tableaux, mais en me soumettant tout de même à ses exigences ,je l'appelle sur son mobile et je lui demande de venir me chercher au club. Il est six heures trente cinq et la ville est toujours en arrêt complet en cette heure de rush. Lek et moi sommes assis sur les places de derrière du taxi - le chauffeur écoute 97 FM, ou ce que les habitants de Bangkok appellent Rot Tit FM (la FM des bouchons).Dans toute la ville les gens emprisonnés dans les voitures sans la possibilité de parole utilisent leur téléphone portable pour participer à l'émission radio de Pisit. Le thème d'aujourd’hui est ce scandale des trois jeunes policiers ayant prouvé l'engagement de trois jeune femmes dans la prostitution en  les payant pour faire l'amour. 'Avec de tels policiers qui a besoin de criminels?'.appelez moi au soon nung nung soon soon nung nung soon soon'. Lek, cependant, âgé de dix huit ans et seulement sorti de l'académie il y a trois mois, rida son nez. 

'Avez vous parlé avec votre mère?'il a réussi à mettre sa tête à un niveau plus bas que la mienne et son visage délicat me fait face comme une fleur, ses yeux noisettes rayonnant de charme. Dans une société féodale tout est féodal. Je ne suis pas simplement son superviseur, je suis son prince et maître, son destin est entre mes mains. Il a besoin de moi. 

'Donne moi du temps,' dis je .'Avec les femmes tout est une question d’humeur. Spécialement avec Nong.' 

'Est ce que vous allez parler au colonel Vikorn?' 

'je ne sais pas ,je vais décider ça maintenant’. Je fais stopper le taxi à la jonction de soi 4 et de Sukhumvit. 

Voici l'histoire de notre mission. Il fut un temps, il n'y a pas plus de cinq à dix ans, chaque soi de SUKHUMVIT se vantait de posséder au moins un étalage de vente de sauterelles grillées, mais à cause du bombardement implacable de votre culture sur la notre, farang ,nous sommes devenu quelque peu conscients de cette bizarrerie culturelle avec comme résultat que dans Krug Thep notre cuisine d'insectes est devenue underground. cependant en même temps quelques farang d'avant garde ont compris cette pratique culinaire exotique avec l'enthousiasme des prétentieux, si bien que maintenant la seule place où vous pouvez acheter des sauterelles grillées, c'est le Nana Plaza,endroit dominé par les farangs

On arrive à Nana juste quand les loges de chasse connues comme gogo bars se changent en super boite. 'Handsome man, une fille i want to go with you,'une fille avec un dessus noir d'assaut m'appelle au dessus de la palissade de l'un des bars, mais l'étoile de Lek est plus brillante que la mienne. Ni les filles ni les katoeys (transsexuels pour toi farang) ne peuvent retirer leurs yeux de lui tandis que nous poursuivons notre chemin entre des corps caucasiens en petit t-shirt tout mignons, à moitié bourrés plus par les possibilités sexuelles que par l'alcool, tandis que tout le monde fait s'entrechoquer les bières glacées .Cet après midi chaque postes de télé ,et il doit au moins y en avoir cinq cent avec à l'affiche un match de tennis  entre notre très cher Paradorn contre un illustre inconnu pendant l'Open de France, fonctionne sans commentaires, car de toute façon les dix milles sounds system aux alentours crachent de la pop thaïlandaise et du Robbie Williams. Finalement on atteint la fin du plaza, qui est dominée par les katoeys qui bavent à la vue de Lek. Dans un curieux abus d'authenticité le propriétaire a labellé ses produits en anglais :water bug, silk worm, mole cricket, ant mix, dried frog, bamboo worm, scorpion, grasshopper.Je prends des sauterelles pour moi, des punaises d'eau, des larves de soie,un mélange de fourmis et des grenouilles séches pour maman. Tandis que le vendeur remplit un cône de papier avec des fourmis ,Lek et moi regardons un rituel qui est bien plus ancien que le bouddhisme. De jeunes femmes en vêtements courts - c'est un bar ou la fantaisie des écolières est évoquée - sont debouts les unes derrière les autres en ligne avec leurs jambes écartées, tandis que la fille du fond dessine des formes élaborées par terre avec un gros phallus en bois. Quand la bonne sentence a été prononcée ,elle lance le phallus entre les jambes des filles et fait sonner bruyamment la sonnette du club.(si cela ne fait aucun effet aux jonhs,je me demande ce ui le fera ),Se tenant droite dan l'espace, ayant l'air d'avoir accompli son devoir elle guide les filles vers le bar et le vingt et unième siècle. 

 

De retour au club je m'assure que Lek a bien avec lui les petits sachets d'insectes et les donne à ma mère, qui n'a pas encore ouvert l'affaire.(elle attend son souper).On s'assoit tous  pour manger ce que je suppose être le petit déjeuner et durant vingt minutes c'est le silence, excepté le mouvement des jambes et le bruit des boyaux. Quand j'ai fini, je laisse Lek avec ma mère tandis que je monte à l'étage avec le dernier paquet de sauterelles.  

 

Chanya est réveillée et joliment reposée après son séjour prolongé dans les bras de Morphée. Elle porte un T-shirt trop grand pour elle et rien d'autre, assise en position de demi lotus sur le lit, le dos collé au mur. Je lui propose d'ouvrir le paquet de criquets et elle en prend délicatement un afin de le croquer. Elle m'éblouit avec un sourire complice troublé seulement par un rictus visible dans le coin de sa bouche, ne montrant aucunes séquelles concernant le meutre qu’elle a perpétué, sauf une touche de nervosité tandis que je lui tends sa déposition (l’avantage d’une culture de la honte sur une culture de la culpabilité est que l’on ne se sent pas coupable tant que le scandale ne nous a pas éclaboussé). 

Elle la lit attentivement, et me regarde 'Tu as écris cela? C'est ton écriture.' 

'Le colonel me l'a dicté, je l'ai simplement écris.' 

'Le colonel Vikorn? Ça doit être un génie .C'est exactement ce qui s'est passé.' 

'Vraiment?' 

'Chaque détail est correct, sauf qu'il a bu une Budweiser, pas un whisky mékong.' 

'Un détail mineur. On ne va pas s'embêter à changer ça. Je vais confirmer le Mékong si on me le demande. J'étais derrière le bar, après tout.' 

Un sourire ravageur.'ça va alors'

Je tousse et j'essaye de ne pas regarder trop tristement ses longs cheveux noirs. ’Juste une chose - tu vas devoir couper tes cheveux et disparaître un moment. Fais autre chose, deviens quelqu’un d'autre pendant quelques mois- jusqu'à ce qu'on puisse y voir plus clair.’ 

Un haussement d'épales et un sourire. 'OK, tout ce que voudra le Colonel'. 

'On te refera travailler le plus tôt que nous pourrons. Nous devons savoir ce que les américains  vont faire quand ils verront qui est mort. Comment vont ils prendre la chose?quelle valeur avaient t'il à leurs yeux? Tu vois le problème?' 

'Bien sûr. Je vais probablement tirer un trait sur tout ça. - j'ai toujours voulu allez méditer chez les bonnes sœurs. Peut-être devrais-je aller méditer dans un pays quelque part au nord. 

‘ça me semble bien,’dis je. Bien que la pensée de simplement la perdre me fait presque pleurer. 

Un silence embarrassé. Chanya, tu n’es pas obligée de me le dire si tu n’en as pas envie, mais y a t’il quelque chose que tu aies fait aux Etats-Unis quand tu étais là bas et que je devrais savoir ?

Elle chercha mes yeux et dans son regard je lus seulement l’innocence. 

‘J’ai travaillé ,évidemment. L’argent était fantastique. Surtout à Las Vegas. C’est un super pays, mais un peu insipide.Je me suis vite ennuyée. J’avais planifié de rentrer à la maison dés que j’aurais assez de fonds pour payer ma propre maison à Surin et prendre ma retraite, mais le 9/11 a ruiné mes plans. Je suis rentré plus tôt que prévu et pour des raisons familiales j’ai eu besoin de plus d’argent. Je suis resté car tu es un bon Papasan, et que ta mère est un bon patron. C’est cool, j’aime ton club. La tentation de demander exactement ce qui s’est passé la nuit dernière est très forte, mais en bon professionnel et comme me l’a inculqué vikorn je parviens à résister à la tentation. Même pour une Thaï sa tranquillité a quelque chose d’inhabituelle. Pour ne pas dire quelque chose d’effrayant. J’ai bien peur d’être parti avec un sourire juste mécanique quand je l’ai laissée avec sa déposition et son paquet de criquets. Je ne lui ai même pas parlé de l’opium, vu que ceci n’avait même pas été mentionné.  

 

En bas, Lek nettoie les lunettes de ma mère. Je vérifie l’heure et je me branche sur Rod Tit FM .Chaque policier dans le district 8 doit être en train d’écouter maintenant cette station. Car Pisit l’animateur nous a annoncé avoir un scoop sur l’éternelle et populaire bataille entre notre bien aimé Colonel et le garde noir Général Zinna, qui vient juste d’émerger saint et sauf de la court martiale où il a dû expliquer son apparente implication dans un large trafic d ‘héroïne et de morphine. Sa version des faits affirmait qu’il s’était laissé piégé par la police, Vikorn en particulier, et cela a été accepté par la court. 

Pisit commence en nous rappelant que la rivalité qui existe dans le secteur de la drogue entre l’armée et la police n’est pas nouvelle. Chaque Thaï en a déjà entendu parlé et quelque-uns se rappellent toujours du super vis à vis de Chiang Mai qui a eu lieu dans les années cinquante, quand une guerre civile était sur le point d’éclater à propos d’une dispute entre les deux services pour s’approprier un chargement d’opium que le Kuomintang ( qui était de connivence avec la CIA) avait envoyé en Thaïlande en train. Le vis à vis a duré trois jours avant qu’on ne trouve un compromis, la cargaison serait jeté à la mer. Selon la légende, ce déchargement fut organisé par le directeur de la Police qui s’arrangea pour qu’un bateau soit présent dans les parages.Maintenant c’est le Colonel Vikorn et le Général Zinna qui ont hérité de cette bataille . Ce que Pisit ne nous avait pas dit, c’est que l’invité d’aujourd’hui n’était personne d’autre que le Général Zinna en personne. 

Pisit :Général Zinna, c’est un grand honneur de vous recevoir. Vous devez être soulagé et exténué après cette épreuve. 

Zinna : quelle épreuve ? 

Pisit : Général, j’étais en train d’évoquer la court martiale qui vous a lavé de tout soupçons. 

Zinna : oh ça. J’ai été piégé par un certain Colonel de Police, tout le monde le sait.

Pisit : Mais général, si cela s’avère exact, c’est de la dynamite. Quelles seraient les raisons particulières pour que ce Colonel de Police, qu’on ne va pas nommer, ou en fait n’importe quel policier, désirerait votre chute ? 

Zinna : c’est simple. Ils ont peur du scandale. En ce moment la Police domine le pays. Regardez les infos chaque jours, qu’est ce que vous en pensez? On trouve des rapport simples et évidents concernant la corruption de la Police à travers tout le pays à tous les niveaux des forces de Police, mais rien n’est fait contre cela ! Pourquoi ? Parce que le gouvernement a peur de la Police. La Police est devenue la seule force de cohésion du pays. Et ils appellent cela de la démocratie. Ce Colonel en particulier, celui que nous avons déjà mentionné, fonctionne toujours démocratiquement. C’est juste un jeu de pouvoir bien sûr. C’est ça le problème avec l’Ouest. C’est superficiel. Créez un système qui ressemble au leur, peu importe qu’il soit  corrompu et ses imperfections. Ils vont vous en féliciter. Créez un système différent et ils vont essayer de vous détruire ! Alors ce que la police a réussi à construire n’est rien d’autre qu’un état policier qui ressemble à une démocratie. C’est pas étonnant que les farangs nous aime, c’est exactement leur système. 

Pisit : Et la police craint l’armée car c’est la seule véritable alternative. 

Zinna : certainement. Et les seuls capables de les renverser. 

Pisit : rien à voir avec la rivalité concernant les revenus de la drogue ? 

Zinna : que volez vous dire ? 

Pisit : Général, vous venez juste d’évoquer les rapports sur la corruption de la Police. Je parie que la moitié de ces rapports concernent les affaires de drogue.

Zinna : Bien sûr. La Police doit avoir des raisons pour dominer ainsi le pays, en dehors de la démocratie, bien sûr. 

Pisit : Et si c’était l’armée qui dominait encore le pays ? 

Zinna : C’est une hypothèse bien provocante. 

Pisit : Que voudriez vous faire subir à ce certain Colonel qui vous a piégé ? 

Pisit : ça ne concerne que lui et moi.  

 

Lek a essayé de suivre, mais ne connaît pas le fond de l’histoire qui fait que l’interview soit compréhensible. 

‘Est ce que ça vous embêterait de m’expliquer un peu tout ceci ?’ 

Ma mère et moi échangeons un regard.’ Le Colonel n’a jamais plus été le même depuis que son fils est mort’. Dit Nong. Lek se tourne vers moi. 

‘L’armée a tué Ravi durant les troubles de mai 92’.Lui dis-je.

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Publié dans Thailande

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